du 8 janvier au 5 avril 2014
vernissage mardi 7 janvier 2014 à 18h30
salle d’exposition de l’Acb, scène nationale à l’Office de tourisme
7 rue Jeanne d’Arc à Bar-le-Duc
entrée libre
exposition ouverte
du lundi au samedi
de 10:00 à 12:30 et de 14:00 à 17:00
(jusqu’à 18:00 à partir du 1er avril)
Epiphaneia
de Sophie Usunier
ou
l’oeuvre miroir de tous nos regards
par
Jean Deloche
«
Il faut que chaque monade soit différente de chaque autre. Car il
n’y a jamais dans la nature deux êtres qui soient parfaitement
l’un comme l’autre et où il ne soit possible de trouver une
différence interne » écrit Leibniz dans sa Monadologie. De fait
aucun grain de la grappe-miroir proposée par Sophie Usunier n’offre
au spectateur une perspective identique, aucune boule ne reflète le
monde de la
même manière. Statique ou mobile autour d’une œuvre elle-même
en rotation, chaque spectateur se
voit et découvre son voisin sous un angle unique. Ainsi va
l’Univers, combinatoire infinie d’atomes séparés par d’infimes
variations !
Sophie
Usunier joue avec une formule désormais convenue de l’art
contemporain : c’est le regard du spectateur qui fait l’œuvre.
Mais elle retourne ironiquement la formule puisqu’ avec Epiphaneia
c’est
aussi l’œuvre qui fait le spectateur : toutes les sphères
semblent nous regarder, nous détailler, suivant des orientations
différentes.
Mais
ce relativisme du regard est pourtant tempéré par une composition
d’ensemble. Si chacune des perspectives proposées est singulière,
toutes semblent se combiner pour former un point de vue universel
auquel rien n’échappe. On peut risquer ceci que l’œuvre est la
somme des points de vue de tous les spectateurs qui entreront sous la
tente pendant la durée de l’exposition. Pour citer encore Leibniz
: chacun percevant l’univers différemment « il y a autant de
différents univers, qui ne sont pourtant que les perspectives d’un
seul ».
Le
Monde de Sophie invite donc à un certain vertige métaphysique, mais
interroge aussi très concrètement le
mode d’existence des objets manufacturés. Rappelons-nous
l’installation Les
vents contraires
présentée dans cette même salle il y a quelques années : elle
associait de simples ventilateurs à des manchons à air. Sophie
Usunier y affirmait déjà son goût pour les perspectives puisque
chaque visiteur pouvait se laisser guider par un vent différent.
Avec Epiphaneia
l’artiste s’amuse cette fois avec un objet au symbolisme très
connoté : « la boule de Noël ». Objet un peu « kitsch » qui
peut provoquer
aussi bien le rejet du trop vu (surtout en ce temps d’après les
fêtes !) qu’une certaine connivence
voire une fascination certaine en raison de la puissance hypnotique
et narcissique qu’exerce sur nous la multiplication de ces miroirs
sphériques. Miroirs qui, non content de nous renvoyer notre image,
se réfléchissent aussi les uns les autres ! Ludique et ironique,
l’installation est clairement animée par une intention plastique,
comme si l’objet, séparé de son contexte festif et consumériste,
pouvait retrouver sa puissance esthétique et symbolique.
Avec
Epiphaneia
Sophie Usunier joue avec les emboîtements, les oppositions. La forme
de la tente épouse la forme de la salle d’exposition conçue comme
un reliquaire qui s’ouvre sur une châsse plus petite au sein de
laquelle repose l’objet sacré. Entrant dans la salle, le
spectateur est d’ailleurs invité à faire le tour de la tente
avant de pouvoir pénétrer dans le Saint des Saints. Au centre,
l’œuvre suspendue est à la fois lumineuse (concrétion de perles
précieuses) symbolique (microcosme du cosmos) et dérisoire (agrégat
d’objets de décoration) ; quant au reliquaire il est une simple
tente de réception achetée sur catalogue. Une tente qui suggère
l’intimité alors que les boules en rotation invitent nos sens et
notre esprit à s’ouvrir vers l’infini.
Et
si l’emploi du mot grec
Epiphaneia
célèbre les fêtes païennes du retour à la lumière, la tente -
habitation nomade et précaire -
dans laquelle l’artiste nous invite à pénétrer, fait
irrésistiblement songer
à une autre «apparition» : celle qui nous transforme en santons
d’argile, rois mages ou modestes bergers,
ou, peut-être, si nous acceptons de nous laisser étonner par
l’artiste, en simples « ravis » de la crèche remplis de joie et
de reconnaissance. C’est la grâce que je vous souhaite...
Bar-le-Duc,
7 février 2014

