
Lumieres ombres, non objets
Sophie Usunier travaille sur les contradictions des concepts, ses oeuvres portent en elles la force originelle du "contraste", comme si continuellement elles nous tendaient la possibilité de son contraire.
Indécision ? non, c'est se poser des questions en les expérimentant.
Ainsi, les travaux dans cette exposition posent le contraste , dans leur présence, entre formes et non-formes, dans lequel nous ensuite, spectateurs, intervenons avec le bînome habitudes et découvertes.
Les monstres de verre, ces exorciseurs modernes de la peur de l'inconnaissable apparaissent comme la nouvelle chimère.
L'harpie de verre comme surprise dans l'air, qui à ses côtés se fait plus pesante, est étrange, elle n'a rien à voir avec nous et avec notre concept de la forme et de l'interaction, pourtant sans explication, dans son anormalité, elle est intime et donne envie de la protéger.
Je ne sais si c'est le transfert de nous-même ou de nos peurs inconscientes, qui sont plus à protéger, plutôt qu'à les cacher en les abrutissant, c'est certainement quelque chose de pur, de cristallin qui n'a rien à cacher, qui n'a pas de "pensées tordues", et c'est pour cela qu'elle emerge, qu'elle n'est pas contenue, mais en même temps qui ne contient pas, elle est irréelle dans sa substance.
Ce monstre de verre est l'élément incorporel de la corporéité.
Les mains de paraffine ("Prière") représentent une forme bien précise, reconnaissable et normale, mais maintenant elle deviennent une apparition, elles sont de beaux et fascinants fantômes.
Elles sont à l'intérieur d'un petit cabinet de travail, comme dans une cellule conventuelle ou la chambre d'un miniaturiste, dans le moment de majeure concentration dans leur état statique, fixes pour comprendre parfaitement ce qu'elles devront faire.
C'est une prière, mais dans cette volonté de l'esprit, les mains se insaisissables, qui peuvent se consumer et disparaître exactement quand elles tentent de "s'illuminer".
Ceci est la création, sa gaité et son imprévisibilité.
La sphère de pâte à modeler ( "Giro giro tondo"), la forme reconnaissable par excellence, là,devient le symbole de la vraie monstruosité.
Sa matière est impénétrable, elle est opaque, elle est superficie.
En tant qu'"être", elle est imprévisible, nous ne savons pas à quoi nous attendre.
Elle nous semble solide, concrète mais si nous la touchons, nous la "cassons", nous la modifions.
A cela on associe l'exigence de l'homme à la perfection.
Cette matière avec peine vient travaillée et arrondie comme une boule, comme une sphère parfaite qui ne pourra jamais l'être, un geste continuel à l'arrondir, à la rouler mais l'objectif reste toujours frustré.
C'est l'apothéose et le paradoxe de l'action de l'homme qui intervient pour remédier à la scission entre l'idée et la matière, entre âme et corps, principe de l'homme occidental de Platon à nos jours, celui de donner une forme concrète aux idées et viceversa.
Cette présence, la sphère est comme observée par le mouvement (l'image vidéo "Alice"), circulaire des mains sur une sphère de pâte à modeler.
L'action, obsessionnelle,même si elle peut nous y faire penser, est moins considérée car c'est un acte gratuit, insouciant pourrait-on dire, comme celui d'un enfant.
Dans cette confrontation métaphorique entre cette présence et l'image, elle provoque un sens de remous et d'inquiétude et de silence justement en vertu du renversement des proportions.
La petite boule que je pouvais tenir dans une main, maintenant n'est plus contrôlable.[...]
(Lorenzo Bruni, curateur de l'expo "Sophie Usunier", galerie Note Artecontemporanea, Arezzo)